mardi 19 octobre 2021 / Mali

Van AartAart Van Der Heide, un ami du Mali depuis les années qui a côtoyé les présidents Moussa Traoré et Alpha Oumar Konaré mais aussi Amadou Toumani Toure et Ibrahim Boubacar Keita, témoigne sur les deux régimes (parti unique de GMT et le multipartisme de AOK, ATT et IBK). Ce hollandais d’origine considère le Mali comme sa deuxième patrie. Actuellement en séjour à Bamako, notre reporter a eu un entretien avec lui sur la gouvernance de notre pays, l’interroge sur le fait qu’aucun des systèmes n’a pu garantir la paix et le bien-être de la population et aussi son idée sur la transition malienne. Nous vous livrons une partie de cet entretien.  

Comment vous avez pu travailler sous le régime du feu président Moussa Traoré ?

« J’ai travaillé à Ségou en 1985-1986 et à Bamako en 1987-1989. Je vous dis honnêtement que je n’ai jamais senti de travailler dans une dictature. Tout était organisé. Il y avait peu de corruption visible à cause des contrôles. Il y avait la discipline. Il y avait un système d’enseignement réduit mais de qualité. L’importation du multipartisme n’a pas changé l’organisation de la société mais il y avait d’autres changements. L’écart entre les riches et les pauvres fut plus grand. Les pauvres sont devenus plus pauvres. Les systèmes de gouvernance et d’administration sont devenus plus compliqués. Bamako se développait sous Moussa Traoré comme une ville de 80.000 habitants et sous le régime actuel de plus ou moins 4 millions. 30 ans de démocratie ont mis le pays en conflit dans les 2/3 de son territoire, avec plus de pauvreté et surtout une mentalité de gagner l’argent rapidement. Un grand groupe appelle ça l’introduction du « néo-libéralisme ».

Est-ce qu’il y a une différence entre le régime (parti unique) de Moussa Traoré et celui sous le multipartisme ?

Tout le monde ne sera d’accord avec mes paroles. Sous le régime de Moussa Traoré, plus de 200 personnes furent tuées. Plusieurs mouvements furent interdits. Un ancien collègue m’a écrit : ‘’Sous Modibo Keïta on avait honte de voler et sous le régime de Moussa Traoré on avait peur de voler’’. Un autre ami m’a écrit que sous GMT on avait peur d’établir une autre opinion parce qu’il y avait partout des contrôleurs. Moi j’ajoute que depuis l’introduction du multipartisme la corruption devenait plus une règle qu’une exception.

Moussa Traoré fut pendant 23 ans président du Mali. Il a renversé Modibo Keïta. Il a été aussi renversé par les militaires avec à leur tête, ATT. Après lui le Mali a opté pour le multipartisme. Il fut jusqu'à ce moment très respecté par le peuple. Deux des trois présidents élus ont été renversés par les militaires (ATT et IBK). Le seul président qui n’a pas été renversé a été AOK.

Un ancien ministre m’a écrit que depuis l’Indépendance du Mali il y a eu quatre coups d’état. Quatre présidents (MK, MT, ATT, IBK) ont été renversés (80%). Le Mali a connu un total de 5 présidents. Au Burkina et en Mauritanie aussi. Cela me donne en tant qu’étranger, l’impression qu’il existe un phénomène qui fait que, soit le pays a été difficile à contrôler ou mal désigné. Historiquement les frontières du Mali ont été tracées à Paris. Un très grand pays sur le plan géographique avec un grand nombre d’ethnies.

Parle-nous un peu du feu Général Moussa Traoré et aussi de la transition malienne…

Il y a quatre ans que j’ai eu un rêve. Je rendais une visite de courtoisie à Moussa Traoré. Il m’a pris par la main pour m’amener dans son jardin. On s’est assis sur une banquette et il m’a raconté beaucoup de choses. Le message qu’il m’a donné n’était pas clair pour moi mais maintenant je le comprends. Dommage que Moussa Traoré n’ait jamais publié ses mémoires. Est-ce qu’il s’est rendu compte que son régime fut un régime d’ordre et pas de justice ?

Je crains que le nouveau président intermédiaire se rende bien compte de cette réalité mais est-ce qu’il a le choix ? Je ne crains pas. En évaluant les 30 années de multipartisme, j’arrive à la conclusion que ce système importé après la chute du mur de Berlin nous a montré qu’il a complètement échoué. Le pourquoi est discutable et il y a plusieurs explications. On n’arrive pas à changer les frontières du Mali. Mais le système administratif oui. Il est temps pour ça, pour éviter un nouvel échec. J’espère que le nouveau président de la transition se rendra compte de çà. Il aura une tâche très difficile et surtout compliquée. J’espère qu’il a la sagesse de Modibo Keïta, la discipline de Moussa Traoré et l’intelligence d’Alpha Oumar Konaré.

J’ai écrit dans une nécrologie les phrases suivantes : Dans mon pays, il fut mentionné un dictateur. Malheureusement, je n’ai jamais senti ça. Il a été deux fois condamné à mort. Il n’a jamais pris la fuite du Mali. Repose en paix. Votre nom ne sera pas oublié. Tout le monde était pauvre mais les maliens ont bien partagé leur pauvreté. Avec l’importation du multipartisme la réalité a beaucoup changé. Merci Moussa Traoré.

J’aurai aimé bien parler avec des anciens présidents de leur opinion sur mon hypothèse : le Mali un pays difficilement à gouverner à cause du fait que les frontières ont été désignées à Paris et les institutions ne furent pas adaptées à la réalité. Aucun des systèmes n’a pu garantir la paix et le bien-être de la population. Pourquoi ?

J’aimerai bien de rendre une visite de courtoisie à IBK. Finalement il est aussi un frère à nous. On a travaillé ensemble quand il fut le siècle passé le responsable de Terre des Hommes. Malheureusement on m’a dit que ce ne sera pas possible pour des raisons de sécurité. Dommage !

Actuellement il aimera la continuation d’un programme de sécurité alimentaire et nutritionnelle à Niafounké, démarré en 1995 et approche à travers les mères. Ce programme n’est pas politique mais essaye de renforcer les conditions de vie pour les mères et leurs enfants. Le programme a été mis en œuvre par une ONG nationale et avec des résultats importants. Ce sont les femmes elles même qui ont demandé la reprise du programme.

Interview réalisée par       HBK

diadie