lundi 20 novembre 2017 / Mali

Aliou Boubacar DialloAliou Boubacar Diallo, PDG de Wassoul'Or et de Petroma Inc, rivalise avec de puissantes multinationales ; détenteur de la seule société à capitaux majoritairement maliens dans ce secteur, il est également pionnier dans la recherche de gaz et de pétrole.

 
Self-made man, Aliou Boubacar Diallo (57 ans) est le fondateur et PDG de la société minière Wassoul’Or, première société de production industrielle d’or à capitaux majoritairement (75 %) maliens. Il est également Président-fondateur de Petroma Inc, société domiciliée au Canada et spécialisée dans la recherche de pétrole et de gaz au Mali. C’est donc pour le Mali un véritable “pionnier” qui, toujours à la pointe de l’innovation technologique, participe au développement de son pays. Président d’honneur de l’"Alliance Démocratique pour la Paix" (ADP), qui compte neuf députés au Parlement, cet homme d’affaires s’est aussi beaucoup investi aussi dans sa Fondation “Maliba” (le Grand Mali) créée en 2012 pour faire profiter les populations locales des retombées économiques et sociales de ses principaux sites de production. Car, explique-t-il, “il ne sert à rien de brasser des milliards quand, à côté, vous avez des gens qui n’arrivent même pas à manger trois fois par jour”.

Vous êtes vraiment le premier Malien à vous lancer dans la production d’or industrielle ?
Aliou Diallo: Depuis la création du nouveau code minier, le secteur de l’or attire beaucoup d’investisseurs étrangers au Mali. De grandes mines industrielles ont été mises en production : Sadiola avec AngloGold et la société canadienne IamGold, Morila et Lolo avec RandGold, Resolute à Syama. Mais une seule société malienne a pu percer : notre société de recherche qui s’appelait d’abord SODINAF (Société pour le Développement des Investissements en Afrique) et qui avait obtenu un permis de recherche en 1992, à Faboula, dans la région aurifère de Sikasso (Sud du pays).


“Le secteur de l’or attire beaucoup d'investisseurs étrangers au Mali”

Cette société a fait les premiers travaux de recherche et études de faisabilité. Puis la SODINAF a demandé le permis d’exploitation à l’Etat du Mali. Et, une fois obtenu, nous sommes passés à la phase de construction des unités de production industrielle avec la société d’exploitation Wassoul’Or.
Créée en février 2012, Wassoul’Or vient de redémarrer sa production sur le site de Kodiéran en début d’année...
Wassoul’Or est en effet en plein redémarrage. La société avait connu des difficultés suite à la crise politico-sécuritaire de 2012-2013. Mais nous avons apuré l’intégralité du passif exigible de la société pour ensuite procéder à des investissements de plus de 50 millions d’euros dans des équipements neufs. Nous avons embauché de nouveaux personnels compétents aussi bien dans la sous-région qu’à l’international. Ce qui nous permet de redémarrer l’exploitation industrielle de la mine de Kodiéran, dans la région de Sikasso, précisément dans le Wassoulou. Le mot “Wassoulou” a une signification particulière qui veut dire : “la terre par laquelle tu peux te vanter”. A travers le nom de notre société Wassoul’Or, nous espérons produire de l’or dont le Mali pourra un jour se vanter.
“Nous avons apuré l’intégralité du passif exigible de la société pour ensuite procéder à des investissements de plus de 50 millions d'euros dans des équipements neufs”
Nous avons à ce jour, avec nos sous-traitants, environ un millier d’employés. Sur les cinq sites qui peuvent être mis en exploitation dans la concession, nous ne travaillons que sur un seul site, celui de Kodiéran, qui ne fait que 2 km2, tandis que la concession elle-même fait une centaine de kms2.


Vous avez donc plusieurs autres sites en prospection ?
Nous avons déjà fait de la recherche sur les sites satellites à l’intérieur de la concession, mais les études ne nous permettent pas aujourd’hui de les mettre en production. Il nous faut faire encore beaucoup de tests, mais les réserves sont là. Nous avons cinq sites qui peuvent être mis en production dans la même concession. Tout est une question de moyens. Commençons déjà par un site, rendons-le cash flow positif et nous pourrons faire des extensions. Deux autres sites vont être rapidement mis en production : Tagoua d’ici un an et Traorela dans deux ans. Mais le retour de la paix au Mali est la condition sine qua non pour la pérennité de tout ce que nous sommes en train de faire sur le plan industriel et minier. Sans paix, rien ne peut être durable.
Vous êtes également engagé dans la prospection du gaz et du pétrole avec Petroma ?
Nous sommes effectivement engagés dans la prospection et la recherche du gaz et du pétrole. Comme le Canada est un grand pays qui a une expérience certaine dans la promotion des juniors spécialisés dans la recherche de l’or, le pétrole et le gaz, c’est l’endroit idéal pour incorporer une société et venir faire de la recherche au Mali. Il est plus facile de faire la promotion d’une société junior en exploration minière ou pétrolière au Canada qu’au Mali ou en Europe car il n’y a pas de traditions de financement des juniors spécialisés dans l’exploration. Ce sont des risques à prendre et ce que l’on investit dans l’exploration est souvent considéré comme des fonds “perdus”.


Vous prenez un grand risque ?
Le Mali possède un potentiel géologique considérable et a aujourd’hui une crédibilité certaine à accoucher de grandes mines d’or. S’il n’y a pas de découvertes, vous n’avez rien. Mais s’il y a une bonne découverte, c’est le jackpot. Je prends donc des risques dans un environnement avec une forte probabilité de découvertes. Tout le monde sait que le Mali est un pays minier qui a même été le 1er producteur mondial d’or à l’époque de Mansa Musa. Le Mali a un réel potentiel aurifère. Il en va de même pour le pétrole et le gaz.
“Je prends des risques dans un environnement avec une forte probabilité de découvertes. Tout le monde sait que le Mali a un réel potentiel aurifère. Il en va de même pour le pétrole et le gaz”
Plus de 80% du Mali se trouve dans un grand bassin sédimentaire, le bassin de Taoudeni. Ce bassin est réparti entre plusieurs pays : Mali, Algérie, Mauritanie et Niger. Dans les autres pays, ils ont pu trouver du pétrole. Ce serait une malédiction sans précédent si le Mali n’en découvrait pas à son tour. Je crois à son potentiel géologique.
Quels sont vos objectifs ?
Notre objectif est d’atteindre 200 000 onces d’or avec un cash cost inférieur à 500$/once et la mine en a le potentiel. À 200 000 onces d’or, on passe de la catégorie de junior producteur à celle de producteur moyen. L’objectif pour nous est d’être un grand producteur d’or au niveau sous-régional. C’est pour ça que nous avons des permis de recherche dans la sous-région pour devenir un grand acteur de l’or dans cette partie de l’Afrique. L’objectif est pour 2017-2018. Nous avons commencé à miner le minerai dans le cadre d’un selective mining avec des zones très riches et améliorerons notre taux de récupération. La teneur est là et, comme nous traitons la grande partie de notre minerai par de l’eau avec un système de traitement gravimétrique, nous pouvons encore considérablement améliorer notre taux de récupération par l’introduction de la chimie. Cet objectif est à portée de main.
En minerai brut, vous en êtes où?
Nous tournons autour de 3 000 à 5 000 tonnes, mais nous pouvons rapidement arriver à 11 000 tonnes de traitement, pour une production d’or devant atteindre 6 tonnes par an. Avec les teneurs que nous visons en alimentation, cet objectif est atteignable à très court terme. Nous avons encore beaucoup d’or dans nos réserves et l’introduction du traitement chimique nous permettra de le récupérer. Nous avons mandaté la SGS (Société Générale de Surveillance), le numéro un mondial de l’analyse de l’or dans les mines, en phase de recherche et d’exploitation. Tous les indicateurs d’une exploitation rentable sont là.
Vous intéressez-vous à d’autres minerais que l’or ?
En 1997, j’avais pris un permis de recherche pour le lithium de Bougouni (Centre). Nous sommes donc intéressés par bien d’autres minerais depuis très longtemps. Pour le moment, nous n’exploitons que l’or. S’il y a des minerais ou des métaux associés à l’or, nous pourrons aussi investir dans leur production ou récupération. Par exemple, notre minerai d’or de Kodiéran a 25% d’oxyde d’aluminium. Ça pourrait être intéressant de les exploiter de manière rentable.
Vous avez également une Fondation très active ?
Notre engagement communautaire et humanitaire se matérialise par la Fondation Maliba. Celle-ci vise à pérenniser l’idéal social et de solidarité qui m’a toujours animé et qui est aussi celui de mes camarades politiques de l’Alliance Démocratique pour Paix que j’ai fondée en 2013.
“La Fondation Maliba vise à pérenniser l'idéal social et de solidarité qui m’a toujours animé et qui est aussi celui de mes camarades politiques de l'Alliance Démocratique pour Paix ”
Nous construisons et rénovons des écoles et des centres de soin, nous distribuons des vivres, nous construisons des mosquées dans la région du Wassoulou. Mais nous avons également fait œuvre utile dans le Bélédougou dans le village où nous produisons de l’électricité avec de l’hydrogène naturel sans émission de CO2.
Propos recueillis par Bruno Fanucchi

Source :  lenouveleconomiste.fr

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