lundi 20 novembre 2017 / Mali

JCIL’Agence des Technologies de l’Information et de la Communication (AGETIC) a signé mercredi dernier trois conventions de partenariat avec respectivement la société Général Computec représentée par son DG Ibrahima Haidara, l’Agence nationale de télémédecine et d’informatique médicale (ANTIM), dirigée par le médecin-colonel Ousmane Ly et la Jeune Chambre Internationale Bamako Elite, représentée par Aboubacar Idrissa Dicko. A l’issue de cette rencontre, qui devra permettre de renforcer davantage les relations entre les parties signataires, l’AGETIC a présenté sa nouvelle application de passation des marchés publics dont l’objectif est de mieux gérer les ressources allouées par l’Etat à la structure. Le Directeur général de l’AGETIC, Ahmed Salif Camara, nous en parle dans cette interview qui aborde également d’autres questions comme la politique nationale de promotion des TICs et de réduction de la fracture numérique, le programme d’installation de la fibre optique sur plus de 9000 km, la connexion du Mali au câble sous-marines ou encore la politique de promotion du nom de domaine du Mali, le .ml.


La fracture numérique au Mali, entre milieux rural et urbain reste énorme. Comment faire pour la réduire ?

Il faut d’abord saluer les efforts déployés par le gouvernement à travers la création de l’Agence des Technologies de l’Information et de la Communication (AGETIC) et la création de l’Agence du Fonds d’Accès Universel (AGEFAU). Ces deux agences ont pour mission, non seulement de moderniser l’administration, mais aussi d’amener la connectivité dans les endroits où il n’y a même souvent pas beaucoup de gens. Cette politique de l’Etat nous permet aujourd’hui d’offrir le maximum de service de TICs sur l’ensemble du territoire malien. Pour ce qui concerne les réalisations de l’AGETIC, depuis sa création, elle est en train de connecter l’ensemble des 703 communes du Mali. Avant le coup d’Etat, les budgets mis à disposition étaient vraiment conséquents mais avec l’avènement des événements de 2012, nous avons connu le départ des partenaires techniques et financiers. Ce qui fait qu’aujourd’hui, l’Etat arrive difficilement à connecter plus de 6 communes par année. Mais chaque année, nous amenons la connectivité dans des endroits les plus reculés du pays.
Le gouvernement a également signé un accord de partenariat avec le gouvernement par rapport à la connectivité à travers les VSAT parce que nous sommes un pays enclavé et en partie très désertique, où les opérateurs ne sont pas à beaucoup d’endroits du territoire. Les VSAT seront une solution alternative qui sont faciles à déployer pour pouvoir amener la connectivité dans les endroits les plus difficiles d’accès.
Une chose est d’investir, une autre est de rendre l’investissement rentable. Existe-t-il une politique de rentabilisation des investissements faits dans le domaine ?
Oui, évidemment. Ces investissements ont un impact considérable sur la vie de nos populations parce que, lorsque nous connectons nos communes, nous procédons à la formation des exploitants de l’infrastructure mise à leur disposition mais aussi, il y a un suivi.
A Kidal par exemple, malgré la crise, l’Etat est en train de poser la fibre optique pour que les populations puissent bénéficier vraiment du maximum de service à travers le gouvernement. Ce sont des choses qui sont très importantes et qui permettent de créer un impact économique important. Quand on est capable d’aller sur internet, pouvoir commercialiser ses produits, faire la promotion de ses produits, c’est vraiment un atout majeur pour même connaître le prix du marché sur le plan national et sur le plan international. On peut vraiment saluer ces efforts. Nous venons récemment de Kigali (au Rwanda) où nous avons accompagné le Chef de l’Etat. L’engagement qu’il a pris là-bas n’est pas simplement de connecter mais c’est aussi de développer davantage le métier des TICs.  Le président de la République nous a lancé un défi de pouvoir créer 60 startups d’ici à 2018. 60 startups, ce sont 60 nouveaux jeunes, 60 nouvelles entreprises qui vont aussi créer l’impact et qui vont permettre aux jeunes d’avoir de l’emploi.
Donc, les TICs au Mali est aujourd’hui une réalité et, le gouvernement, pour notre part, a mis beaucoup d’effort, comme je le disais tantôt, pour l’AGETIC. Le budget de l’AGETIC était très faible dans les années 2012-2013, mais cette année, nous avons connu une augmentation conséquente par rapport au fonctionnement parce que nous avons plus de 9000 kilomètres de fibres optiques posées. Les ingénieurs de l’AGETIC travaillent nuit et jour pour pouvoir faire en sorte que ces fibres restent opérationnelles.
Il est donc important que la population s’engage parce que nous connaissons des coupures de la fibre à cause des curages de caniveaux parce que les gens ne font pas attention. Les extensions de routes aussi nous posent des soucis. La pose de la fibre sur l’axe Bamako-Koulikoro qui avait déjà été faite est obligée d’être refaite aujourd’hui simplement parce que ces paramètres n’avaient pas été pris en compte.
Mais l’Etat met toujours les moyens pour que le Mali reste connecté, pour que la vidéosurveillance, qui a été déployée dans la ville de Bamako, dans la ville de Sikasso pour renforcer la sécurité puisse être une réalité sur l’ensemble du territoire.
Où en est-on justement avec l’opérationnalisation de la fibre optique dont on semble ne pas sentir l’impact sur le coût de la connexion internet ?
La fibre optique est opérationnelle depuis l’année dernière. La fibre optique posée par l’Etat (je parle de celle-ci puisque qu’il y en a aussi que nos deux opérateurs de télécoms ont posées) est opérationnelle depuis janvier 2016.
Quant au coût d’internet, il faudrait comprendre qu’il y a une différence entre la fibre optique et la bande passante internet. Aujourd’hui, l’ambition du gouvernement est de connecter le Mali au câble sous-marin. C’est pourquoi notre fibre optique doit être connectée à la bande passante des pays voisins pour que nous puissions être connectés au câble sous-marin et c’est en ce moment-là que, non seulement le coût de la connexion va diminuer, mais aussi le débit sera beaucoup plus haut.
Le nom de domaine du Mali (le point .ml), en dépit des actions de l’Etat reste très peu utilisé y compris par les services étatiques. Comment comptez-vous y remédier ?
Le nom de domaine du Mali n’est pas très, très utilisé par nos populations et nos opérateurs économiques parce qu’il y a une méconnaissance pour certains et une crainte pour d’autres, qui n’ont pas confiance au produit malien. La disponibilité du domaine a posé le problème.
Le point ml (.ml), il faut le reconnaître, quand il était géré par la Sotelma avait beaucoup de difficultés mais depuis qu’il est géré par l’AGETIC, il se sent un peu mieux. Mais il y a encore un peu de souci. Nous sommes en train de travailler pour ramener la gestion technique au Mali parce qu’il y a un contrat qui lie l’AGECTIC à une société, qui gère techniquement ce nom de domaine. Les choses sont toutes mises en œuvre pour que le .ml puisse être une propriété totale des Maliens et que les Maliens puissent en bénéficier.
Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il est opérationnel et fonctionnel et, pour tous ceux qui veulent avoir un nom de domaine .ml peuvent venir à l’AGETIC et c’est presque gratuit. Il y a des préalables. Vous pouvez acheter un nom de domaine gratuitement mais il faut y mettre un contenu. Cependant, si vous n’y mettez pas le contenu, vous perdez votre site comme vous pouvez acheter un nom de domaine à 5000 F CFA. Ce n’est absolument rien et ça permet aux gens de pouvoir développer du contenu et faire la promotion des TICs.
Votre structure vient de présenter une nouvelle application dédiée à la passation des marchés. En quoi consiste-t-elle ? Que vise l’AGETIC ?
Dans le cadre d’une gestion efficiente des ressources de l’Etat et l’atteinte des objectifs de l’AGECTIC, nous avons développé une application de passation des marchés et qui est déjà opérationnelle. Cette application a l’avantage d’enregistrer d’abord l’ensemble des prestataires, partenaires et fournisseurs de l’AGETIC dans une base de données. Une fois que l’AGETIC désire les consulter, les consultations sont faites en ligne. Les besoins sont exprimés par le personnel, validés en suivant un circuit de validation selon la hiérarchie définie par l’application et, au finish, les entreprises recevront un mail de consultation de façon très efficiente. Cette application nous permet d’aller très vite et aussi de lutter contre la corruption et créer la transparence dans la gestion des ressources de l’Etat.  
Et donc gérer les statistiques… ?
Evidemment. Et c’est ça l’avantage. Car on est capable de savoir à tout moment qui gagne quoi, comment et quels sont les marchés qu’une entreprise gagne avec l’AGETIC et savoir si les procédures ont été suivies. Avec cette application, en effet, il n’y a pas moyen de tricher puisque tout le monde est consulté et toutes les entreprises sont consultées. Pour cela, il faut être enregistré au niveau de l’AGETIC comme prestataire ou fournisseur.
Et quel rôle vont jouer la Direction Générale des Marchés Publics (DGMP) et l’Autorité de Régulation des Marchés Publics du Mali (ARMDS) qui, comme l’indique leurs noms, chapeautent les appels d’offres émanant de l’Etat ?
En fait, la DGMP a une application de passation des marchés publics qui s’appelle SIGMAP (Système d’information et de gestion des marchés publics) mais en fait, cette application que nous avons développée concerne les consultations restreintes. C’est-à-dire les marchés qui ne nécessitent pas l’implication des organes de gestion des marchés publics. Quand cela nécessite l’implication des marchés publics, on passe par le SIGMAP mais pour gérer les petites ressources d’un petit montant, nous avons jugé nécessaire d’avoir une application qui crée la transparence qui nous permette d’être plus optimal dans notre gestion.
Propos recueillis par Amaye Maki

Source: actumali

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