samedi 20 avril 2019 / Mali

Missa Consul Mali RCIEn fin de mission depuis le vendredi 1er mars 2019, Son Excellence Missa Traoré, Consul général du Mali à Abidjan s’est confié à votre journal. Dans l’interview qui suit, il déclare n’avoir jamais vu un pays qui reçoit autant d’étrangers que la Côte d’Ivoire et où il est facile de s’intégrer.

L’Enquêteur : Bonjour Excellence, vous venez de terminer votre mission qui a duré cinq ans en qualité de Consul général du Mali à Abidjan. Quels sont les sentiments qui vous animent au terme de cette lourde responsabilité qui vous incombait ?

Missa Traoré : Merci, je voudrais remercier les plus hautes autorités de mon pays de m’avoir donné l’occasion de servir mon pays à ce niveau de responsabilité la communauté malienne la plus importante à l’extérieur. Je viens de boucler effectivement cinq années de mission ici et je pars très satisfait de mon bilan. Je le dis avec humilité. Ceci dit, j’ai eu une bonne collaboration avec les responsables communautaires et avec l’ambassadeur qui est resté très proche de moi. Il s’est engagé promptement et physiquement la gestion de beaucoup de nos problèmes. Tout cela mis ensemble m’a permis de sortir la tête de l’eau parce que ce n’est pas évident de gérer une communauté aussi importante que celle des Maliens de Côte d’Ivoire, ne serait-ce que les problèmes administratifs ou les litiges avec les autochtones. Vraiment, pour moi, le bilan est satisfaisant. Je dois percevoir aussi certaines actions chez nos autorités qui m’ont élevé ici en qualité de Chevalier de l’ordre national du Mali. J’ai aussi eu l’insigne honneur d’être désigné meilleur consul de l’espace UEMOA par l’ONG ‘’Afrique transparence’’. Tout cela me donne de la satisfaction. Je pars en sachant bien qu’il y a beaucoup à faire, notamment le problème d’identification avec l’existence de la biométrie du moment. Je pars avec ce souci qui ne me donnera pas le temps de dormir à Bamako. Je vais essayer de bousculer les autorités compétentes pour que ce document précieux soit mis à la disposition de nos compatriotes résidant en Côte d’ivoire

Qu’est-ce-qui vous a le plus marqué dans le cadre de cette mission diplomatique en Côte d’ivoire ?

Ah, grosse question ! Vous savez, j’ai été surpris de la tolérance de nos frères ivoiriens. De la disponibilité des autorités du pays. Je le disais récemment, ils m’ont toujours ouvert leurs portes et m’ont reçu à volonté. J’ai beaucoup apprécié cette marque de considération à mon égard pour dire que le contact avec les autorités du pays d’accueil est fondamental. Ensuite, j’ai noté l’hospitalité de ce pays qui est la Côte d’ivoire, je n’ai jamais vu un pays qui reçoit autant d’étrangers et qui intègrent facilement. J’ai aussi vu l’abnégation de mes compatriotes qui sont vraiment patriotes. Je sens en eux qu’ils se préoccupent toujours de ce qui se passe au pays. D’aucuns auraient dit qu’ils ont réussi leur vie sans se soucier de ce qui se passe chez eux mais en Côte d’ivoire, il ne m’a pas été donné de les rencontrer. Ce patriotisme m’a beaucoup impressionné chez mes compatriotes. Cette préoccupation de ce qui se passe au Mali, on ne la sens même chez mes compatriotes de l’intérieur.

Vous avez reçu récemment la distinction du meilleur Consul Général du Mali en fonction dans la sous-région par l’ONG Transparence. A qui vous dédiez cette distinction ?

A la communauté malienne de Côte d’Ivoire, évidemment, grâce à laquelle, j’ai eu cette distinction. C’est elle l’essence de ma présence ici. Je voudrais associer mes collaborateurs   puisque aucune histoire n’est individuelle, on le dit dans notre jargon : « un seul doigt ne peut pas ramasser un gravier. »

Que répondriez-vous à ceux qui vous reprochent de n’avoir pas effectué des missions officielles dans certaines villes de l’intérieur notamment à Daloa avant qu’il n’y ait eu un Consul honoraire afin de dissiper les différends qui opposent vos compatriotes ?

Vous savez, le point le plus délicat de ma mission a été la gestion de l’institutionnel : c'est-à-dire, l’avènement du Conseil Supérieur de la Diaspora Malienne sur la forme d’une association, cela m’a rendu la tâche extrêmement difficile. Moi, je suis un démocrate, je sais tout le sens du combat à mener, c’est pour que nous soyons un état démocrate donc pluriel. Malheureusement, cette vision n’est pas du tout partagée par beaucoup des gens et ça m’a amené à gérer beaucoup d’animosités et d’incompréhensions. Au dernier moment de ma collaboration avec le Conseil de Base des Maliens de Côte d’Ivoire, ils n’ont pas été exemplaires mais, ce n’est pas pour autant que je vais jeter tout ce qu’on a fait ensemble. Je place cela sous l’angle de l’incompréhension. Moi, je suis un commis de l’Etat, je n’appartiens à aucune chapelle. Il faut dire que leur attitude n’a pas été comprise à beaucoup de niveaux. Même au niveau de ma hiérarchie, je ne crois pas que ma lecture soit partagée. Mais moi, je reste convaincu que comme l’a stipulé la déclaration universelle des droits de l’Homme, personne ne doit être obligé d’appartenir à une association. On ne doit pas faire d’une association, une figure imposée à tout le monde du moment où on a rendu la création des parties politiques libre, les associations doivent aussi être plurielles, démocratiques et chacune doit apporter sa pierre à l’édification de ce pays à son niveau. Je n’ai pas condamné la création du Conseil Supérieur de la Diaspora (CSDM) parce que, c’est avec cette association que j’ai fait un petit chemin et ai obtenu des résultats. Ce qui m’écœure avec ce conflit déclaré et ouvert entre les deux associations faitières, c’est clairement le déplacement était difficile pour moi afin de répondre à l’appel d’une association. Ceci dit, je ne voudrais pas que ma présence là-bas soit une source de tension à la rencontre de l’une d’elles. C’est pourquoi, récemment je m’apprêtais à aller à Sassandra lorsque l’Ambassadeur m’a demandé de reporter la mission pour cause de conflit entre ses deux structures et pourtant ce programme que j’avais élaboré était utile pour tout le monde. D’autant qu’avec les responsables du Conseil de Sassandra, je devrais continuer de recenser les Maliens détenus dans cette localité du pays, qui malheureusement, n’ont pas bénéficiée de notre encadrement de proximité. Ce travail, j’allais le faire avec le Conseil de base.

L’autre volet de cette mission aurait été que les communautés de l’intérieur du pays qui sont dirigées par un responsable du CSDM reçoivent ma visite, et un conflit s’est créé lorsque le Conseil de Base l’a appris. Il y a eu donc beaucoup de pressions venant d’eux. La tension était très vive. J’ai fini par comprendre, comme l’administration également qui m’a demandé d’annuler ou de reporter cette mission. Ceux-ci qui n’ont pas eu l’opportunité de me recevoir et je me suis excusé de ce qui est arrivé. J’avoue que ce n’est pas facile, si la cohésion était là, j’aurais fait le maximum. J’ai fait une tournée en 2015, qui m’a permis de visiter dix localités. J’avais vraiment souhaité continuer cet élan, mais malheureusement cette petite friction entre les deux structures autour de ma personne a fait que j’ai gardé ce programme pour plus tard, peut-être que mon remplaçant viendra exécuter ce programme que nous avons élaboré.

Etant donné que l’administration est une continuité ?

Absolument, moi je l’ai toujours vu sous cet angle, ma personne n’est pas là mais l’administration malienne continue.

Quel commentaire faites-vous de la désignation de Madame Berthé Madina Diallo, vice-présidente du Conseil de Base des Maliens de Côte d’Ivoire, en qualité de meilleur femme malienne au titre de l’année 2018 au compte du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur par un réseau de journalistes maliens ?

Missa Traoré : Je connais bien Madina Diallo. J’ai salué cette distinction et j’ai même dit qu’elle mérite plus que ça. Elle est une femme très engagée et je sens dans son engagement une certaine sincérité en patriotisme. Elle est toujours disponible pour la cause malienne, elle est d’ailleurs la seule dame, que je vois toujours dans nos locaux et qui s’implique activement dans nos activités malgré ses activités privées. Elle s’est engagée dans la vie associative comme elle peut et elle a apporté tout son soutien aux actions de l’ambassade, du consulat et du conseil. Bravo à elle ! Son prix est très bien mérité. Je la félicite pour cette distinction et surtout pour son engagement.

Dans certaines villes de l’intérieur tout comme dans certaines communes d’Abidjan, vos compatriotes sont confrontés à des dissensions, on vient de l’évoquer. Si vous aviez un message à leur endroit, quel serait-il ?

A cette communauté malienne pour laquelle tout le monde se bat, sa chance est dans la cohésion. Si elle se divise entre les chapelles politiques, moi je dis politique parce que beaucoup se disent associations mais on sait qu’il y a de la politique en dessous. Je réitère mon appel à ma communauté, les invitant à la cohésion. Qu’ils appellent leurs leaders à s’entendre c’est le plus important et le problème ne se résume pas à ce niveau parce que les leaders se disputent sous leur contrôle. Donc, c’est à eux de dire que nous n’aurons pas de chance dans la division. Leur chance est dans la cohésion et dans l’union. On peut être différent mais poursuivre le même objectif.

Quel est votre mot de la fin ?

La communauté gagnerait à cultiver la cohésion, à rester dans l’union, si jamais, elle se laisse emporter par des querelles de leadership, elle perdra beaucoup. Je voudrais demander aux responsables communautaires de regarder simplement les préoccupations de nos compatriotes aujourd’hui en Côte d’Ivoire. La première de cette préoccupation reste les documents d’identification. Au lieu de se chamailler à Abidjan, qu’ils entreprennent des actions auprès des autorités afin que les Maliens de Côte d’Ivoire disposent de documents fiables afin de leur permettre de mener leurs activités sans difficulté.

A tous ces responsables communautaires, je demanderais de privilégier l’intérêt de la communauté au détriment des considérations politiques et partisanes.

Réalisé par Malick Gaye, notre correspondant en RCI

Source: L'Enqueteur

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