dimanche 15 juillet 2018 / Mali

Dans une pré-campagne mouvementée, près de 30 candidats ont entamé leur bataille pour le fauteuil présidentiel qu’occupe Ibrahim Boubacar Keita (IBK) depuis 2013, et chacun croit dur comme fer en sa victoire. « Tout sauf IBK ! » crient certains ; « Boua ta bla ! » - en Français, « le patriarche ne lâchera pas ! » - chantent d’autres.

Malgré les prises de position en faveur d’IBK, le revers de la médaille dans le camp opposé et les attaques personnelles acerbes qui sont de bonne guerre, aucun candidat ne semble sortir du lot et faire mouche, face au président sortant qui reste le favori à cette élection. Depuis Février 2015, l’opposition malienne bénéficie d’un statut officiel lui permettant d’exercer un contre-pouvoir… Le bilan de cette opposition, on en parle ?

Une opposition sans proposition

« S’opposer n’est autre que proposer. Une opposition sans proposition n’est qu’un mouvement d’humeur », disait l’écrivain Robert Sabatier. Cette opposition malienne, c’est qu’elle est de mauvaise humeur ! Contrairement à la présidentielle de 2013 qui se tenait quelques mois après une rébellion séparatiste, un coup d’État et une invasion islamiste dans le nord du pays, l’élection présidentielle 2018 est sans saveur ni odeur. En 2013, les objectifs de l’élection ainsi que les programmes des candidats étaient connus et aisément identifiables : les Maliens allaient aux urnes pour élire la personne qui résoudrait les tourmentes du pays. 5 ans plus tard, l’élection présidentielle est devenue une affaire de personne. Pour ou contre IBK, chacun y va bon train, chacun travaille à décrédibiliser l’action gouvernementale en espérant que les électeurs le voient comme le sauveur, celui qui ferait bien mieux s’il gouvernait de la colline. Pourtant, en 5 ans d’opposition dans les moments les plus difficiles de l’Histoire du pays, c’était bien l’occasion de se retrousser les manches et travailler en partenariat étroit avec un Président qui semble n’avoir jamais fermé les portes aux bonnes volontés. Au lieu de cela, le slogan a clairement été « plus je lui ferai perdre sa crédibilité, plus j’aurai des chances de prendre sa place en 2018 ».

L’alternance, oui mais laquelle ?

« Passer sa vie dans l’opposition est pour un homme politique ce que serait pour un poète se condamner à lire et à juger les vers des autres », selon le Président Georges Pompidou. À 68 ans, celui qui s’était donné les pouvoirs du contre-pouvoir, sans les exercer, prétend, tout à coup, soudainement, incarner l’alternance dont le pays a besoin. Pendant qu’il gardait le silence dans l’hémicycle, d’autres députés ont donné l’exemple d’un leadership et d’une compréhension des institutions en interpellant directement les Ministres et en les faisant passer à la barre. C’est bien cela qu’on attendait de « Soumi champion » ! Pardon, de l’Honorable Soumaila Cissé, Chef de file de l’Opposition. Il s’est maintenant réveillé, dès l’annonce de l’échéance présidentielle faite, et nous devons le prendre au sérieux. Ça se complique dans nos têtes.

Des mouvements à n’en plus finir. Et si on arrêtait le folklore ?

La semaine dernière, le Collectif pour la Défense de la République (CDR), dirigé par Rasta Bathily, a désigné Soumaïla Cissé comme son candidat. Prétendons que le CDR soit un collectif crédible. Les Maliens, rappelez-vous que le CDR n’a jusque-là démontré que très peu de respect envers la République et ses institutions. Par ailleurs, il est difficile de recenser les mouvements qui poussent maintenant comme des champignons partout au Mali. Aucune vision si ce n’est que celle de ressembler au mouvement de division. Ça devient ridicule et Il faut arrêter cette hémorragie.

L’heure a sonné ! On se réveille ?

Au Mali il n’y a pas « une opposition » mais des candidats de l’opposition. Une opposition qui se réveille subitement à la veille d’une élection pour prétendre défendre les intérêts du peuple est une opposition démagogue et manipulatrice. Ceux à qui des pouvoirs ont été donnés pour rééquilibrer la lutte politique contre le parti au pouvoir et interpeller les dirigeants du pays, sont aussi responsables que le pouvoir en place. Ne plus donner d’attributs divins à un président de la république qui n’est ni omniscient, ni omnipotent, nous ferait énormément de bien. Organiser des marches sans buts ni objectifs n’est pas la réponse. Travailler au-delà des clivages politiques, par des critiques constructives et en rapprochant le pouvoir en place, voilà le travail d’intérêt public !

Naney C.

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