RDC : Un député veut légaliser la polygamie jusqu’à six épouses

C’est une proposition qui fait vaciller les digues fragiles du droit congolais et interroge frontalement la place des femmes dans la République. En République démocratique du Congo, le député national Olive Mudekereza, élu de Walungu et pasteur de l’église Philadelphie, a déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à légaliser la polygamie, avec un plafond fixé à six épouses.
Derrière l’argumentaire officiel, le vernis social craque rapidement. L’initiateur du texte affirme vouloir « garantir aux femmes l’accès au mariage, à une sécurité financière et à la maternité ». Autrement dit, institutionnaliser la dépendance comme horizon d’émancipation. Dans un pays où les inégalités de genre sont structurelles, où l’accès à l’éducation, à l’emploi formel et à la protection sociale demeure profondément inégal, la réponse avancée ne consiste pas à renforcer les droits économiques des femmes, mais à élargir le cadre juridique de leur mise en concurrence conjugale.
Le paradoxe est saisissant : au lieu d’interroger la précarité qui empêche de nombreuses femmes d’accéder à l’autonomie, le texte propose d’inscrire dans la loi une hiérarchie domestique. La polygamie, déjà pratiquée dans certaines communautés, deviendrait non plus une réalité sociale tolérée, mais une norme encadrée par l’État. Jusqu’à six épouses. Le chiffre, froid et administratif, dit la volonté de rationaliser ce qui relève d’un rapport de pouvoir profondément asymétrique.
Le député assure bénéficier du soutien de plusieurs collègues, y compris de femmes parlementaires. Ce soutien, s’il se confirme, révèle l’ampleur du débat à venir : s’agit-il de reconnaître une pratique culturelle et religieuse existante, ou d’acter un recul des droits dans un pays qui peine déjà à garantir l’égalité devant la loi ?
Au-delà des clivages moraux, la proposition pose une question politique majeure : quelle vision de la citoyenneté féminine l’État congolais entend-il promouvoir ? Une citoyenneté adossée à l’autonomie et à l’égalité, ou une citoyenneté conditionnée par l’intégration dans une structure familiale hiérarchisée ?
Le débat ne fait que commencer. Mais une chose est sûre : sous couvert de protection, c’est une redéfinition du contrat social qui s’esquisse , au risque de transformer la vulnérabilité en principe juridique.
Source : fntv.cd
